Aquarelle – 18,5 x 28 cm – Original

Le Touquet, sur le front de mer, par un bel après-midi de juillet.

Le ciel est d’un bleu inhabituel. La mer est d’un calme presque inquiétant. Le vent a déserté les environs. Ce qui est plutôt étrange pour la région. Qu’importe, Grace a décidé d’aller “down town” pour errer nonchalamment dans les rues piétonnes. Lorsque la saison touristique est enfin terminée et que la ville retrouve un peu de son intimité, la jeune américaine aime profiter de l’atmosphère sereine, du silence même parfois à certaines heures de la journée. Elle a ses commerçants préférés, ses allées et venues favorites, ses petits riens qui remplissent son cœur de souvenirs.

Elle avance petit à petit, les cheveux libres, les mains dans les poches pour se donner une contenance. Au fur et à mesure, ses pas deviennent plus rapides, plus saccadés, plus nerveux. Elle a peur. Pourquoi ? Depuis maintenant quelques mètres, quelques rues, elle sent une présence derrière son dos. Elle a rusé en faisant un arrêt inopiné devant une vitrine de magasins de vêtements. Elle a immédiatement aperçu son reflet. Un homme, plus très jeune, grand, un imperméable, bizarre pour la saison, et une canne.

Elle fouille dans son sac à main frénétiquement à la recherche de son téléphone portable. Il est introuvable … Elle a dû le laisser dans l’entrée. Cela lui arrive fréquemment. Mais là tout de suite, elle est désespérée. Elle tourne à droite, à gauche, refait le test de la vitrine. Il est toujours là. Impossible de s’en défaire a priori. Encore quelques tentatives inutiles puis n’y tenant plus, elle rentre dans un magasin, n’importe lequel, le premier sous la main. Une chocolaterie !

Alors qu’elle attend patiemment son tour, l’intrus fait une entrée très remarquée juste derrière elle. Il se rapproche subrepticement de son dos. Elle sent son haleine alcoolisée lui envahir les sens. Elle se retourne alors vivement, le fixe avec toute la haine dont elle est capable et qu’elle ignorait avoir en elle. Désappointé, il détourne le regard quelques secondes pour mieux la fixer ensuite. Il lui décroche un sourire maléfique et pervers laissant apparaître une dentition plus que douteuse. Tous les ingrédients du dégoût ultime sont réunis. Grace regarde désespérée la vendeuse qui saisit le malaise sur-le-champ. Elle murmure quelques mots à la caissière qui s’absente. Les sirènes de la police retentissent alors quelques minutes plus tard, une éternité.